L'artiste prolifique nous ouvre les portes de son lieu de création.
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L’enfance au bout de ses crayons, l’illustratrice Fanny Dreyer capte l’essentiel : un geste, un silence, une complicité. Depuis son atelier bruxellois, elle dessine des mondes intimes où l’émotion affleure à chaque page.
Fanny Dreyer trace son chemin d’illustratrice depuis l’âge de 7 ans, quand elle d.couvre dans une revue jeunesse que mettre des images sur les mots peut être un métier. Pour la petite fille qui dessine comme elle respire, c’est une révélation qui sera le fil rouge de tout son parcours. « Depuis que j’ai compris que ce métier existait, je me suis donné comme but de réussir à faire des livres », confie-t-elle. Des livres, mais pas n’importe lesquels. Des objets sensibles et colorés, où le frottement du crayon serait presque perceptible à chaque page tournée, et où les souvenirs d’enfance se mêleraient aux paysages colorés et aux silences habités.
Originaire de Fribourg, petite ville suisse située entre Lausanne et Berne, Fanny grandit entourée de montagnes et de forêts. Une nature omniprésente qui, des années plus tard, imprègne toujours son univers graphique. Adolescente, elle rêve de Bruxelles et de son Académie des beaux-arts. « Quand je suis arrivée à Bruxelles, j’ai eu un vrai coup de coeur pour la ville. Je m’y suis tout de suite sentie chez moi, et naturellement j’y vis encore aujourd’hui ». C’est là que son style va s’affirmer. Un dessin tracé à la main, sur du papier qu’elle fait vivre au moyen de crayons, de feutres et de gouaches acryliques et même de Stabilo. Son style est identifiable entre mille, infusé de tons pastel et d’harmonies chromatiques, peuplé de petits personnages d’enfants, avec de grands aplats de nature, devenus au fil du temps un personnage à part entière. « Ce qui m’intéresse, c’est de dessiner des petits moments. Je ne suis pas quelqu’un qui peut faire de grandes histoires pleines de rebondissements. Je suis plutôt du côté sensible et poétique du récit », confie l’illustratrice.
Ses sources d’inspiration sont multiples. Elle cite volontiers les peintres du début du XXe siècle – impressionnistes et Nabis – ou encore le Suisse Félix Vallotton et ses paysages stylisés. Ce sont aussi ses propres archives familiales qui nourrissent sa création. Elle évoque notamment cette centaine de photos découvertes peu de temps après le décès de son père, sur lesquelles il apparaît en moniteur de colonie dans les années 1960, entouré d’enfants jouant dans les montagnes suisses. « À la découverte de ces clichés, j’ai eu une envie immédiate de dessiner. C’était viscéral. J’avais envie d’en faire quelque chose ». De cette matière intime naît La Colonie de vacances, un de ses livres les plus marquants.
« Il y a sans doute plus d’universalité dans le dessin que dans une photographie, qui est plus précise, où l’on reconnaît les visages. Le dessin permet de se projeter, de se concentrer sur ce que l’on veut exprimer, de créer des personnages récurrents, de susciter de l’attachement ».
Aujourd’hui, Fanny vit de sa passion. Elle compte une dizaine d’ouvrages à son actif, dont les très beaux La Colonie de vacances et Collection, coécrit avec son amie l’autrice Victoire de Changy, tous deux publiés aux éditions La Partie. Des projets au long cours – « Je mets tellement d’énergie dans un livre que j’ai envie de le faire dans les meilleures conditions possibles. Ça veut dire travailler avec des gens en qui j’ai pleinement confiance, avec qui il y a un vrai dialogue ».
Son travail ne se limite pas à l’édition jeunesse. Ces dernières années, elle a aussi imaginé plusieurs fresques pour habiller les murs du service pédiatrique de l’hôpital de Charleroi, illustré les programmes jeune public du Mucem à Marseille, peint sur de la porcelaine lors d’une résidence au Japon avec la marque Dejima, ou encore réalisé douze oeuvres monumentales pour l’une des futures gares du Grand Paris Express, qui seront visibles en 2026.
Son trait, toujours tendre, est porté par un lien intact à l’enfance, dont elle dit percevoir encore les émotions et les élans. À travers ses souvenirs, bien sûr, mais aussi à travers sa fille, née il y a quatre ans, et qui infuse doucement ses projets. « Elle est une source d’inspiration en plus. Pas directe, mais très présente ». Dessiner l’enfance, pour Fanny, c’est capter l’instant, le mouvement, le jeu. C’est aussi une manière de raconter le monde, avec tendresse et attention. « Je me méfie des livres à sujet. J’essaie de transmettre des choses sans gros clignotants ». Et pourtant, ses engagements affleurent dans chaque page qu’elle crée, en filigrane : la nature, omniprésente, des personnages toujours d’une grande diversité, l’attention portée à l’autre. Son enfance, marquée par la différence et l’altérité, est fondatrice. « J’ai grandi dans une famille où l’un de mes frères, adopté en Inde, est porteur de handicap mental. Ma mère s’est aussi beaucoup occupée d’enfants handicapés. J’ai été très tôt sensibilisée aux questions de la fragilité et du soin », se souvient-elle.
Aujourd’hui, Fanny travaille sur deux nouveaux projets. Le premier, prévu pour l’automne, est une adaptation d’un spectacle pour enfants, Au pied des montagnes, fable poétique sur l’exil et la guerre dans une vallée imaginaire. Le second, à paraître en 2026, est un documentaire illustré sur les jeux d’enfants à travers le monde, conçu avec l’autrice Carole Saturno. « C’est passionnant de penser à l’universalité du jeu. Même dans les contextes les plus difficiles, il y a toujours des enfants qui jouent ». Mais alors, ses livres s’adressent-ils uniquement aux enfants ? Elle sourit. « Quand je commence un projet, j’essaie de ne pas trop penser au public, pour rester libre. Mais je sais aussi qu’un livre jeunesse se lit souvent à deux. Il y a toujours un adulte qui l’achète, qui le lit, qui l’accompagne. Alors autant en faire un bel objet, que tout le monde puisse aimer. Sans hiérarchiser ».
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